Aujourd'hui, essayer un jeu passe souvent par le téléchargement d'une démo de 1 Giga sur laquelle on peut s'amuser 5 min, avec à peine le temps d'évaluer ce que vaut le soft.
Mais il fut un temps où le joueur n'était pas seulement une vache à lait et les démos pas seulement un appât commercial.
Ces dernières existaient certes déjà sous leur forme classique, mais aussi sous forme de
sharewares. Installer un jeu en shareware, c'était avoir l'assurance de jouer à une démo beaucoup plus longue, représentant souvent jusqu'à 1/3 du jeu complet. Et pourtant distribuée gratuitement sur le web ou sur les CD de nos magazines de jeu favoris !
Gratuitement… ou presque. Rappelons une petite différence :
- Un freeware est un programme distribué gratuitement, et que l'on peut utiliser et distribuer librement du moment que l'on n'en modifie pas le code source.
- Un shareware ne permet pas de bénéficier gratuitement de la totalité du programme : soit le programme est bridé (longueur pour les jeux, fonctionnalités pour les utilitaires…), soit il est livré complet par son auteur, qui demande alors une rétribution à l'utilisateur en cas d'utilisation régulière du programme.
Dans le domaine ludique, la distribution sous forme de shareware se développa au milieu des années 90. Des équipes de programmeurs comme
Id Software,
Apogee Software ou
Epic Megagames utilisèrent ce biais pour faire connaître leurs produits du public. Des jeux comme Wolfenstein 3D, Doom, Heretic, Rise of the Triad, Duke Nukem 3D, One Must Fall, Jazz Jackrabit, Terminal Velocity, Descent… permirent à de nombreux joueurs d'essayer longuement ces titres, et d'assurer la renommée de leurs développeurs par le bouche à oreille. Ce n'est pas un hasard si la quasi-totalité de ces jeux finirent par connaître une édition commerciale, et si les développeurs sus-cités furent rachetés par les principaux acteurs du marché (Activision, 3D Realms, GT Interactive…).
On pourrait donc penser qu'avec le développement d'internet, le shareware allait connaître un surcroît d'intérêt de la part du public et des éditeurs. C'était sans compter sur deux paramètres :
- D'une part, le piratage: pourquoi se contenter de télécharger un shareware lorsqu'il est possible d'obtenir le produit complet sans trop d'efforts?
- D'autre part, à la fin des années 90, le marché du jeu vidéo ne laisse plus sa place à des "programmeurs de garage" : produire un jeu nécessitant un investissement financier de plus en plus important, les éditeurs préfèrent le maîtriser de A à Z, ne laissant plus (ou presque) leur chance à des produits en cours de développement. Comme le disait un ancien journaliste de Gen 4, elle est loin l'époque où les éditeurs découvraient leurs produits futurs dans les mags de jeux…
Au final, sans porter de jugement sur l'évolution du jeu vidéo, on ne peut cependant que regretter la disparition du shareware : ce mode de distribution existe toujours pour les utilitaires, mais semble avoir été définitivement oublié par les acteurs du marché vidéoludique… Dommage !